Salon d’orientation : bonne ou mauvaise idée pour un adolescent qui ne sait pas quoi faire ?
« Il ne sait pas quoi faire plus tard… On va l’emmener au salon de l’orientation, ça va peut-être lui donner des idées ! »
C’est une réaction assez naturelle. Face à un adolescent qui ne sait pas vers quel métier ou quelle formation se diriger, le parent cherche souvent quelque chose qui pourrait provoquer le fameux déclic.
Alors on regarde les dates des salons, on réserve une journée et on se dit que, devant toutes ces formations, tous ces métiers et tous ces professionnels, il finira bien par trouver quelque chose qui lui plaît.
Mais parfois, le résultat est tout autre : le jeune ressort du salon aussi perdu qu’en entrant ... parfois même davantage!
Et le parent, lui, ne comprend pas forcément pourquoi.
Chercher une aiguille dans une botte de foin, c’est déjà savoir ce que l’on cherche
On pourrait comparer l’orientation à la recherche d’une aiguille dans une botte de foin. Mais lorsqu’on cherche une aiguille dans une botte de foin, on sait au moins ce que l’on cherche.
Un adolescent qui dit « Je ne sais pas quoi faire » se trouve parfois dans une situation encore plus compliquée : il ne sait même pas quelle forme pourrait avoir ce qu’il cherche.
Il ne sait pas encore s’il serait plus à l’aise dans un métier manuel ou intellectuel, avec du contact humain ou davantage d’autonomie, dans un environnement calme ou dynamique, dans des études longues ou une formation plus concrète.
Dans ces conditions, lui présenter des dizaines de possibilités ne suffit pas forcément à l’aider à choisir.

Au salon, le parent cherche souvent le déclic

Imaginez la scène :
Vous arrivez au salon avec votre adolescent. Il y a des stands partout, des formations, des écoles, des métiers, des brochures, des professionnels à rencontrer. Vous avancez ensemble.
« Regarde, ça pourrait peut-être t’intéresser. »
« Tu aimes bien les animaux, non ? Va voir ce stand. »
« Tu es plutôt manuel, ça pourrait peut-être te correspondre. »
Votre intention est bonne : vous essayez de l’aider à trouver une piste.
Mais votre adolescent peut vivre la situation autrement. Il ne cherche pas encore une formation précise. Il cherche d’abord à comprendre ce qui pourrait lui correspondre.
Alors, quand on lui présente une succession de métiers et de formations, il peut avoir du mal à savoir quoi en faire. Est-ce que cette formation pourrait lui plaire ? Est-ce que ce métier lui conviendrait vraiment ? Est-ce qu’il pourrait s’y épanouir ? Il n’a pas encore les réponses à ces questions.
Et sans savoir ce que l’on cherche, difficile de savoir où regarder.
Un salon d’orientation est un outil, pas une solution miracle
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut éviter les salons d’orientation. Ils ont toute leur place dans la construction d’un projet. Mais leur intérêt dépend beaucoup de la manière dont on les utilise.
Leur rôle n’est pas de faire naître à eux seuls une vocation.
Un salon devient particulièrement intéressant lorsque le jeune a déjà commencé à réfléchir à ce qui l'anime, s'il comprend ce qui l'intéresse, ce qui le motive, s'il connaît sa manière de fonctionner et les environnements dans lesquels il pourrait se sentir à sa place.
Quand le jeune connaît se connaît et qu'il a déjà des pistes de métiers qui lui correspondent, il peut rencontrer un professionnel, poser des questions, découvrir une formation qu’il ne connaissait pas, confronter une idée à la réalité ou même se rendre compte qu’une piste ne lui correspond finalement pas.
À ce moment-là, il n’attend plus que le salon lui donne une réponse.
Il s’en sert pour avancer dans sa réflexion.
Quand le salon ne provoque pas le déclic espéré
Le problème n’est donc pas forcément le salon lui-même, c’est ce qu’on lui demande de faire.
On espère qu’en découvrant suffisamment de métiers et de formations, le jeune aura un déclic. Qu’il verra quelque chose qui lui donnera envie. Qu’il dira enfin : « Ça, je pourrais le faire ! »
Mais une envie professionnelle ne naît pas toujours simplement parce qu’on découvre une formation. Les adolescents doivent d’abord comprendre ce qui les intéresse, ce qui les motive, leur manière de fonctionner et les environnements dans lesquels ils pourraient se sentir à leur place.
Sans cela, toutes les possibilités présentées au salon peuvent rester… des possibilités parmi d’autres. Plus d'informations ne signifie pas plus de clarté.
Et le jeune peut repartir avec exactement la même réponse qu’en arrivant : « Je ne sais pas. »
Ne pas savoir quoi faire est loin d’être exceptionnel
Il est important de dédramatiser ce « je ne sais pas ».
Selon l’OCDE, 39 % des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE étaient considérés comme incertains quant à leur avenir professionnel dans PISA 2022. Cette proportion a augmenté de plus de 50 % depuis 2018.
Ne pas avoir de projet professionnel clair à 15 ans n’est donc pas une situation exceptionnelle.
Cela ne signifie pas forcément que le jeune manque d’ambition, qu’il ne travaille pas ou qu’il ne s’intéresse à rien.
Il peut simplement ne pas avoir encore suffisamment exploré ce qui lui correspond.
Et c’est une différence importante.
Car si le problème est un manque d’information, le salon peut être une excellente réponse.
Mais si le problème est l’absence de repères pour savoir quoi chercher, lui donner encore davantage d’informations ne fera que rajouter du flou et de l'incertitude.
L’orientation commence par une seule question

Avant de lui demander ce qu’il veut faire, peut-être faut-il parfois lui laisser le temps de répondre à une question beaucoup plus fondamentale :
Qui es-tu ?
Qu’est-ce qui t’intéresse vraiment ?
Qu’est-ce qui te motive ?
Qu’est-ce qui te donne envie d’apprendre ?
Qu’est-ce qui te donne envie de t’investir ?
Qu’est-ce qui te fait vibrer ?
De quoi as-tu besoin pour te sentir bien et donner le meilleur de toi-même ?
Parce qu’un adolescent qui ne sait pas encore qui il est ne peut forcément pas savoir ce qu’il veut faire.
L’enjeu d’un accompagnement en orientation n’est donc pas de lui trouver le bon métier. C’est de lui permettre de mieux se connaître pour qu’il puisse ensuite explorer des pistes qui ont du sens pour lui, faire ses propres choix et devenir progressivement acteur de son orientation.
À Fontenay-le-Comte et dans le Sud-Vendée, j’accompagne les adolescents dans cette démarche à travers un bilan d’orientation scolaire centré sur la connaissance de soi, les motivations et la construction de leur projet à travers la méthode « Un après-midi pour demain® »
Alors, faut-il éviter les salons d'orientation ?
Non.
Un salon peut être une excellente occasion de découvrir des formations, de rencontrer des professionnels, de poser des questions et d'ouvrir le champ des possibles.
Mais il ne peut pas, à lui seul, répondre à une question que le jeune n'a pas encore eu le temps d'explorer : « Qui suis-je ? »
Si votre adolescent ne sait pas quoi faire, le plus utile n'est donc pas nécessairement de lui montrer davantage de métiers. C'est peut-être d'abord de lui permettre de comprendre ce qui l'intéresse, ce qui le motive, ce qui lui donne envie de s'investir et ce qui lui donne envie de se lever le matin.
Le salon pourra venir ensuite. Et il aura alors une tout autre utilité.
Parce qu'avant de chercher où aller, il faut savoir d'où l'on part.
Quelques chiffres à retenir

L’orientation est loin d’être une préoccupation secondaire pour les jeunes. En 2023, 83 % des lycéens et étudiants interrogés se disaient inquiets lorsqu’ils pensaient à leurs choix d’orientation. Baromètre L’Etudiant-BVA 2023
En 2025, une étude OpinionWay pour Edumapper menée auprès de 1 064 jeunes de 18 à 24 ans montre que 73 % ont peur pour leur avenir, tandis que seuls 38 % se considèrent bien préparés au choix de leur orientation professionnelle. Plus d’un jeune sur deux (56 %) déclare également avoir regretté un choix d’orientation en raison d’un manque d’information.
Mais l’enjeu ne semble pas être uniquement de disposer de davantage d’informations. Une enquête menée par le CRÉDOC pour le Cnesco auprès des 18-25 ans montre que 37 % des jeunes déclarent ne pas avoir reçu d’information ou d’accompagnement pour comprendre leurs propres envies. Et parmi ceux qui avaient rencontré un conseiller d’orientation, 47 % seulement estimaient que cette rencontre avait été utile pour prendre une décision.
→ Étude CRÉDOC pour le Cnesco – « Orientation : les jeunes veulent être accompagnés pour comprendre leurs envies »
Ces chiffres ne signifient pas que les professionnels de l’orientation ou les dispositifs existants sont inutiles. Ils montrent plutôt qu’informer un jeune sur les formations et les métiers ne suffit pas toujours à l’aider à construire son propre projet.
